Le chien qu’un dieu voulut ressusciter

Quand le chien de Nyambe meurt, le dieu veut le ramener à la vie. Un mythe africain sur la valeur accordée aux animaux et l’origine de la mort humaine.

DOG’S MIND — MYTHES ET CHIENS

Le chien qu’un dieu voulut ressusciter

Le mythe africain de Nyambe et l’histoire de la mort devenue irréversible.

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Chiens mythiques | Dog’s Mind

Dans les traditions des peuples d’Afrique, certaines histoires cherchent à expliquer pourquoi l’être humain meurt sans revenir à la vie. L’une des moins connues vient des Luyi, dans la région du fleuve Zambèze, dans l’actuelle Zambie.

Il s’agit d’un mythe où le destin de l’humanité se trouve lié à un événement qui pourrait survenir dans n’importe quel foyer : la mort d’un chien aimé et le désaccord de deux personnes sur la valeur de sa vie.

À ceci près que, dans cette histoire, l’une de ces deux personnes était le créateur du monde lui-même.

Nyambe et son chien bien-aimé

Selon la tradition, Nyambe était le créateur du monde. Nasilele était sa compagne.

Nyambe vivait autrefois sur terre, mais le comportement des humains l’avait poussé à s’en éloigner et à se réfugier dans le ciel.

Il y avait emmené un chien auquel il était profondément attaché.

La tradition ne nous donne ni son nom ni la description de son apparence. Elle révèle pourtant quelque chose de très important sur sa relation avec le créateur.

Quand le chien mourut, Nyambe ne voulut pas accepter sa mort.

Il avait le pouvoir de lui rendre la vie et décida de s’en servir.

Mais Nasilele s’y opposa.

Elle n’aimait pas le chien. Elle le traitait de voleur et ne souhaitait pas le voir revenir.

Nyambe insista : il aimait cet animal et voulait le revoir vivant.

Sa compagne refusa de nouveau.

Finalement, Nyambe céda. Le chien ne fut pas ressuscité et son corps fut emporté.

L’histoire aurait pu s’arrêter là.

Mais, peu après, un événement allait tout changer.

Quand la mort frappa à sa propre porte

Quelque temps plus tard, la mère de Nasilele mourut.

Cette fois, c’était elle qui ne parvenait pas à accepter la perte.

Elle se tourna vers Nyambe et lui demanda d’utiliser son pouvoir pour ramener sa mère à la vie.

Mais le créateur n’avait pas oublié.

Il lui rappela que, lorsque son chien bien-aimé était mort, elle avait refusé qu’il le ressuscite.

Pourquoi en irait-il autrement maintenant ?

Pourquoi la mort d’un animal serait-elle définitive, tandis que celle d’un être humain pourrait faire l’objet d’une exception ?

Nyambe refusa.

La mère de Nasilele resta morte.

Dans une autre version consignée de ce récit, le créateur finit par céder et tente de la ressusciter. Mais la curiosité et l’intervention de Nasilele interrompent le processus, et la tentative échoue.

Dans les deux versions, la mort se révèle plus forte que le désir de ramener un être à la vie.

Les deux messagers et le destin des humains

Il restait une question plus grande encore à trancher.

Qu’adviendrait-il des humains après leur mort ?

Pourraient-ils un jour revenir à la vie, ou leur mort serait-elle définitive ?

Nyambe et Nasilele envoyèrent sur terre deux messagers porteurs de décisions différentes.

Le premier était un caméléon. Son message annonçait que les humains pourraient revivre.

Le second était un lièvre. Il portait le message inverse : quiconque meurt, meurt pour toujours.

Les deux messagers se mirent en route.

Le caméléon avançait lentement, comme le font les animaux de son espèce. Il s’arrêtait et regardait autour de lui.

Le lièvre, lui, courait.

Il arriva le premier auprès des humains et leur annonça que la mort serait définitive.

Lorsque le caméléon arriva à son tour, il était trop tard.

L’humanité avait reçu le message.

Depuis lors, selon le mythe, les humains meurent sans revenir à leur vie d’avant.

Un chien aux origines de la mortalité humaine

Le mythe des Luyi présente une conception singulière de la relation entre l’être humain et l’animal.

Le créateur du monde ne voit pas en son chien un être insignifiant que l’on pourrait remplacer. Il l’aime et souhaite annuler sa mort.

Nasilele, au contraire, accepte sans difficulté la mort du chien, jusqu’au jour où elle perd un être qui lui est cher.

Elle demande alors ce qu’elle avait auparavant refusé.

Il s’agit bien sûr d’un récit mythologique, et non d’une explication historique de la mortalité humaine. Mais cette histoire pose une question qui dépasse largement son époque et la culture dont elle est issue.

Quelle valeur accordons-nous à la vie d’un autre être lorsque sa perte n’est pas la nôtre ?

Le plus remarquable dans ce récit n’est peut-être pas qu’un dieu pouvait ressusciter les morts.

C’est que, selon ce mythe africain aujourd’hui peu connu, le premier mort qu’il voulut ramener à la vie fut son chien bien-aimé.

La chanson du mythe


Sources historiques

  • Alice Werner, Myths and Legends of the Bantu, chapitre II, « The Luyi Legend ». Texte intégral.
  • James George Frazer, Folk-Lore in the Old Testament, 1918, tome I, p. 57–58. Texte.
  • Édouard Jacottet, Textes Louyi, récit XLV, cité par Werner.

Cet article est une adaptation littéraire de la tradition telle qu’elle a été consignée. Les différentes versions sont signalées lorsqu’elles existent.